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Puissance sans finalité : l'homme contemporain a-t-il perdu le sens de sa mission ?

28 September 2026By DIANE MOUSSAThis article is not yet translated into English.

Dans une analyse qui interpelle, le Dr Koné Baman, de l'Université Musulmane Africaine d'Abidjan, s'attaque à une question aussi ancienne que décisive : faut-il choisir entre adorer Allah et bâtir une civilisation ? Sa réponse, sans détour : la question est mal posée. Le véritable enjeu, affirme-t-il, est ailleurs : dans quel but construisons-nous ?

L'islam, rappelle l'universitaire, ne place jamais l'être humain devant une alternative entre la foi et l'édification d'un État ou d'une société. Il fait au contraire de la construction d'une société juste et d'une civilisation bénéfique une partie intégrante de la mission de l'homme sur terre, à une condition : que cette œuvre demeure rattachée à la finalité suprême de sa création.


Deux versets coraniques fondent cette lecture. Le premier énonce que les hommes et les djinns n'ont été créés que pour adorer Allah (51:56). Le second affirme que c'est Lui qui a créé l'homme de la terre et l'y a établi pour la faire prospérer (11:61). Pour le Dr Koné, ces deux textes ne se contredisent pas : ils se complètent. La construction de la terre s'inscrit dans le cadre de la servitude envers Allah, et non en dehors de lui.


Des moyens, jamais des fins, de cette articulation découle un principe structurant : science, économie, éducation, politique, puissance, institutions et civilisation ne sont que des moyens. Leur valeur se mesure à ce qu'elles apportent à l'être humain, à la justice et au bien. Le danger surgit lorsqu'elles deviennent des finalités autonomes, prétendant se suffire à elles-mêmes et se passer d'Allah.


L'auteur reformule alors le débat en une interrogation frontale. La vraie question n'est pas de savoir s'il faut construire un État ou s'attacher à la religion, mais bien : quel État voulons-nous ? Un État qui asservit l'homme à la matière, au pouvoir et à la force ? Ou un État qui fait de la puissance un instrument de justice, de la science un levier de développement et de la civilisation un service rendu à l'humain, pour l'accomplissement de la mission pour laquelle Allah l'a créé ?


C'est ici que l'analyse prend toute sa force. L'homme contemporain, observe le Dr Koné, peut parvenir à bâtir des États puissants, des économies prospères, de grandes universités et des technologies impressionnantes, tout en échouant à répondre à la question la plus fondamentale : vers quoi toute cette puissance doit-elle nous conduire ?


Et l'universitaire de trancher : une civilisation qui possède les moyens sans connaître sa finalité peut devenir plus puissante, sans jamais devenir nécessairement plus humaine.


Le message central de cette réflexion tient en une phrase : le problème n'est pas de construire un État ou une civilisation, mais de le faire sans finalité morale supérieure, jusqu'à ce que le pouvoir, la richesse et la matière deviennent eux-mêmes les objectifs ultimes de l'existence humaine.


Une invitation, en somme, à replacer le sens avant la puissance : car sans boussole, le progrès le plus spectaculaire risque de n'être qu'une course sans destination.